Photographe

Marion Esnault

Tocopilla Centrales charbon Engie

Les unités charbon d’Engie à Tocopilla continuent de fonctionner jour et nuit malgré leur vieil âge : 57 ans. Les Amis de la Terre France et Chile Sustentable, deux ONG, travaillent de concert pour qu’Engie ferme rapidement ces unités.

Tocopilla Centrales charbon Engie

Sylvia est fondatrice et présidente de l’association « Aide aux malades du cancer » de Tocopilla. Elle a déjà postulé à des aides financières d’Engie mais reste lucide : « Je reconnais que ce sont eux qui nous ont aidé pour les chaises roulantes, le matériel médical,... mais je reconnais aussi que ce sont eux qui polluent. Il faut dire la vérité ! »

Tocopilla Centrales charbon Engie

La production d’électricité dans les centrales à charbon génère de grandes quantités de cendres qui contiennent des produits chimiques. A Tocopilla, elles sont déposées au bord de l’eau, à environ 5 kilomètres du centre-ville. En 2016, une forte inondation a tout emporté sur son passage jusqu’à l’océan, y compris les cendres contaminées. Au Chili, ces déchets ne sont pas considérés comme dangereux. En France, ils sont classés toxiques.

Tocopilla Centrales charbon Engie

Manuel a vécu à Tocopilla toute sa vie. Il a 46 ans. Il est chanteur et commerçant. Il a arrêté son activité quand il a découvert qu’il avait un cancer de l’estomac.

Tocopilla Centrales charbon Engie

Tocopilla est historiquement un port de pêche.

Tocopilla Centrales charbon Engie

René, le président du syndicat de pêcheurs explique qu’ « aujourd’hui, les entreprises sont régulées mais avant elles pouvaient polluer comme elles voulaient. C’est pour ça que Tocopilla est une "Zone polluée". Elle ne peut plus accueillir de centrales. Maintenant, ils les construisent à Mejillones. Et là-bas, c’est dix fois pire qu’ici ».

Tocopilla Centrales charbon Engie

À Tocopilla, au nord du Chili, où vivent environ 25 000 personnes, la multinationale française Engie est présente depuis 1915 et exploite les quatre plus vieilles centrales à charbon du pays. Elles ont 57 ans. La durée dite de "vie utile" d’une centrale est estimée à 27 ans. La majorité de l'électricité produite est destinée à alimenter les activités minières du désert d'Atacama.

Tocopilla Centrales charbon Engie

Tocopilla est coincée entre le désert très aride d’Atacama et l’Océan Pacifique. Elle a été classée par les autorités comme "Zone polluée".

Tocopilla Centrales charbon Engie

Fernando était maire de Tocopilla, de 2012 à 2016 : « Ça m’a permis de connaître de près le fonctionnement politique des centrales à charbon. Et honnêtement, nous le sous-estimions ».

Tocopilla Centrales charbon Engie

Le 5 février 2018, un jeune homme de 25 ans est décédé électrocuté dans une des centrales à charbon d’Engie à Mejillones. Selon ses proches, il semblerait que l’entreprise lui confiait des missions d’électricien alors qu’il était mécanicien.

Mejillones centrales Engie_jour_3

A Tocopilla, comme à Mejillones, la majorité des ouvriers des centrales à charbon travaillent environ 10 heures par jour pendant 20 jours. Puis, ils partent se reposer dans leur famille 10 jours. Ils louent des chambres dans des maisons privées. Comme l’explique ce propriétaire : « C’est devenu un vrai business ! »

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Liza vient se recueillir sur la tombe de son petit garçon, Augustin, toutes les semaines : « Tout est allé très vite. On ne savait pas qu’il était malade. Jusque là, je ne pensais pas que la pollution pouvait causer des maladies cardiaques ».

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Augustin est décédé en octobre 2016 d’une maladie cardiovasculaire. De nombreuses études internationales démontrent que, parmi les polluants atmosphériques rejetés par les centrales thermiques à charbon, certains comme le mercure (métal lourd) peuvent provoquer de sérieux dommages cardiovasculaires, notamment chez les personnes vulnérables comme les enfants.

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Liza et son mari vivent à Mejillones depuis 15 ans. Ils ont deux enfants et ont perdu leur petit garçon, Augustin, d’une maladie cardiovasculaire en octobre 2016. En décembre 2017, ils sont venus à l’église pour la cérémonie des 4 ans de la naissance de leur fils décédé. Dans la famille, il n'y a aucun antécédent.

Mejillones centrales Engie_jour_3

À 130 kilomètres au sud de Tocopilla, toujours dans le désert d’Atacama au Chili, se trouve la ville de Mejillones, et ses 13 000 habitants.

Mejillones centrales Engie_sortie pêcheurs

Avant l’implantation des usines à Mejillones, la baie regorgeait d’une immense biodiversité marine. Selon certains pêcheurs, la population marine se serait réduite à 5 % de ce qu’il y avait auparavant.

Mejillones centrales Engie_sortie pêcheurs

Le nouveau quai de débarquement de Mejillones a été construit pour décharger plus de 6 millions de tonnes de charbon par an et alimenter les centrales d’Engie. À chaque déchargement qui s’opère à l’aide d’une immense pince, du charbon se répand dans la mer.

Mejillones centrales Engie_sortie pêcheurs

Pour refroidir les turbines qui produisent l’électricité dans une centrale à charbon, de très grands volumes d’eau sont pompés dans l’océan. Une fois qu’elles ont servies au refroidissement des turbines, les eaux désormais plus chaudes et pleines de produits chimiques anti-algues sont rejetées dans l’océan.

Mejillones centrales Engie_sortie pêcheurs

Un plongeur industriel qui travaille pour les entreprises énergétiques et qui souhaite rester anonyme témoigne : « Moi, le fond marin, je le vois tous les jours. Et je vois du charbon fossilisé, du charbon durci. Les crabes, au fond de la baie, ont la carapace recouverte de charbon ».

Mejillones centrales Engie_sortie pêcheurs

Dans la zone industrielle de Mejillones, d’autres usines participent à la pollution environnementale. Ces quatre cheminées sont une seule et même usine. Son activité : fabriquer de la farine à base de déchets de poissons pour nourrir les poissons d’élevage !


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